Brad, vu par Emi

Brad assouvit chaque jour sa curiosité des domaines qui l’entourent. Il tente d’y relever des signes, des lignes, des formes, des postures lui permettant d’interagir avec l’élément. Tout est une bonne excuse pour devenir son terrain de jeu, à la ville comme à la campagne.

A caractère instinctif, son travail révèle un regard singulier sur des scènes que l’on pourrait caractériser de banales. A partir de ce qu’il rencontre, détecte, il se crée un monde qui lui est propre, un univers ayant pour trait, le souvenir, l’abandon, le commun, voire l’inexistant. Il traduit en images la mélancolie de capter ce qu’il y a d’éphémère, de passager, ce qui ne s’ouvrira qu’une seule fois à son regard. Possédant un certain œil il guette les situations, les moindres expressions, les positions, les mises en forme, les détails, tous les décors que la lumière veut bien lui prêter un instant. Le flux des passants parfois, communiquant avec les éléments plus immobiles de ses prises de vues peuvent étrangement influencer celles-ci et donc précipiter son choix dans cet espace délimité par le cadre : « La règle est : la traduction. La traduction est mon œil. Mon œil de la mise en scène proposée, de l’objet éclairé, du champ photographique, de la technique à choisir, de ma propre sensibilité évidemment, voire de la solitude du moment ou, au contraire, de la présence de passants. Ceux qui ne comprennent pas et me donnent aussi leur œil, leur œil interrogateur. Gênants pour moi, ils ne laissent plus mes sentiments s’extraire de mes yeux, de ma tête, de mon cœur, de mes mains comme ils devraient le faire pour communiquer avec l’appareil photo. Ils me pressent sans le savoir, m’obligent, transforment ma prise de vue. Ils décident quand le moment sera venu d’appuyer sur le déclencheur ».

Ses professions d’opérateur en laboratoire photographique et d’Assistant en école d’art ont sans nul doute influencé sa façon d’observer son environnement. Ancré dans son milieu, perpétuellement aux aguets, il s’interroge sans cesse sur sa manière de traduire ce qu’il ressent, ce qu’il perçoit, ce que les autres ignorent.

La perspective de séries se dessinent, tout en poésie, en dialogues entre contrastes presque excessifs et lumières atténuées, qu’il module et marie aussi à des architectures. A y regarder de plus prêt il semble se soustraire le plus possible aux limites, aux contraintes que pourraient lui imposer la photographie contemporaine. Sa démarche artistique, son esthétique photographique se rapprochent ainsi de photographes modernes comme Paul Strand, Werner Mantz…

Crédits photographiques : Tous droits réservés © BradEmi-Photographies

Emi, vue par Brad

La route, la route, la route, voilà le credo d’Emi ! C’est normal, elle y a vécu 5 ans. Étudiante à l’école supérieure d’art de Quimper, tous ses déplacements se faisaient en stop. Des milliers de kilomètres. Un choix, une décision qui lui ont ouvert les portes de la photographie. Argentique, numérique, tout format confondu avec une prédilection pour la chambre photographique 4×5, elle a sillonné la route par tous les temps. Puis, des idées ont fini par émerger, des séries par apparaître, des supports ont finalement été testés en atelier afin de présenter lors de son DNSEP art en 2018, son domaine de prédilection : la Route.

Perfectionniste, sa recherche appelle le regard, interroge, séduit, ne laisse pas indifférent. On peut s’étonner de ses « chocs » photographiques, de ses clichés aux décors chiffonnés, broyés, torturés, de ces organismes cabossés. Mais, s’arrêter sur ce que montre la réalité quotidienne ne permet pas de s’immerger dans cette entreprise difficile dans laquelle EMI s’est engagée. Il faut y revenir. En tout cas, ses routes, d’une approche plus accessible, sont autant d’incitations à venir explorer un quotidien que rien non plus n’incite à considérer, encore moins à magnifier. Et pourtant !

En perpétuelle réflexion sur le caractère atypique de sa démarche, Emi insiste sur le fait que l’inexploitable n’existe pas en photographie. L’habileté qu’elle manifeste en extrayant du quotidien, du banal, voire de l’inexistant à nos yeux ne serait-ce qu’une once de grâce confère sans aucun doute une grande force à ses photographies.

La présentation du travail d’Emi ne serait pas complète si je n’évoquais pas son attirance pour un certain cinéma des années 70 : le road-movie. Normal, après ces années passées sur la route. Son expérience autant que son ressenti de cette « aventure », lui font dire que la solitude de l’errance n’est jamais vide ou inutile, elle est productive. Les déplacements, apparemment intempestifs du road-movie, naissent souvent d’une opportunité, d’un besoin, d’une soif, d’une forte envie de l’expérience, de faire une pause dans sa vie personnelle pourquoi pas, de renouveler son regard. Le frisson d’un nulle part, le temps suspendu, l’émotion que produit un paysage vide n’a pas son pareil dans une vie trop organisée. Imaginez une route au bitume ravagé ou parfaitement lisse, les rencontres, les objets et déchets de tout ordre laissés par les véhicules, le bruit, le silence, les faisceaux la nuit, l’effort que demande la marche, le risque face à un certain danger, tout cet ensemble, cet amas incongru et repoussant au premier abord sont, justement, les raisons pour lesquelles le road-movie est un monde à part entière et étrangement attirant. Comment alors ne pourrait-il pas nourrir la propre création de l’artiste ?

« Je m’intéresse davantage aux nombreuses possibilités que l’automobile offre telle que la liberté d’aller à la rencontre, à la quête d’un paysage pour moi encore inconnu. C’est tout l’enjeu du road-movie, dont le fil conducteur est la route, l’errance et toutes ses péripéties. Il nous invite à la pratique de l’auto-stop, au voyage qui semble ne pas avoir de fin. C’est aussi une recherche temporelle et géographique… »

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